
Phédre , 2008. La mise en scène de Claudia Bosse, theatercombinat, Photos© Gaël Grivet.
Le rôle de Phédre est tenu par un homme! Mais QUI est Phédre ? Une jeune fille joue un homme âgé ! Une autre tient deux rôles! La présence effacée des sexes et la nudité représentent le premier coup d’une aliénation entre les acteurs et les personnages face aux spectateurs. Dans la mise en scène de Claudia Bosse, l’anonymat du corps conduit toujours à une réduction de la notion de réalisme pour aboutir à un état de corps ontologique en soi animé par la chorégraphie. Cette expérience du théâtre suscite un souci de questionnement pour le spectateur : « QUI joue le rôle de qui ? »
Le théâtre est un agencement de composantes matérielles et conceptuelles : la construction architecturale de l’espace de réception, les scènes partagées comme parcours entre corps et corps dans les sites et les figures événementiels. Ces composantes sont rassemblées dans un événement de pensée, mais il ne s’agit pas de reproduire l’illusion dramatique.
Phédre m’a donnée l’idée de référence à la théorie de la création du concept proposée par Deleuze & Guattari : Les concepts sont créés par les personnages conceptuels qui ne sont pas identiques à l’auteur, ni à l’artiste lui-même, mais plutôt le témoignage par une troisième personne qui se situe en dessous ou à côté. Concepts qui renvoient à des questionnements qui ne portent pas sur le sens mais qui adviennent dans et par la représentation par l’intermédiaire d’un personnage conceptuel comme les caractéristiques pathologiques, relationnelles, dynamiques, juridiques, et existentielles dans le dispositif du théâtre. Ils sont fictifs, ou semi fictifs, créés par un ou plusieurs témoignages afin de véhiculer une ou des idées. Autrement dit, les concepts ne sont pas déployés comme un moyen de régler le contrôle du sens, mais plutôt comme un moyen d’activer l’évolution de la situation et évoquer les processus et les événements. Il ne s’agit pas de définitions, d’anecdotes, ou de divertissement, mais plutôt de développer les outils qui lui permettront de réaliser de nouvelles idées. « Les concepts doivent être tracés, inventés et créés ».
Phédre , « Qui est Je ? C’est toujours une troisième personne.». Il n’est pas question d’une création d’effet par la parole, mais de produire la circulation ou le mouvement en pensant, comme une sorte de machine de théâtre en soi.
Phèdre, de Racine et Sénèque,
Mise en scène de Claudia Bosse, theatercombinat
Du 22 avril au 4 mai 2008 à la Salle du Faubourg, Genève.
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